Nadine Hirschi / 29.07.2019

Que savent les enfants et les jeunes de la vie sexuelle?

L’éducation sexuelle est-elle encore du ressort des parents? Qu’apprennent les enfants et les jeunes adultes à l’école? Et qu'est-ce qui est encore nécessaire, à l’époque du smartphone et des médias sociaux? Nous nous entretenons avec Dania Schiftan sur le chemin vers un lien sain avec son propre corps.

Vous êtes-vous déjà demandé si la jeunesse d’aujourd’hui est entièrement ouverte et informée en matière de sexualité? Ou vit-elle les mêmes questionnements que la génération des parents, à l’époque? Nous avons voulu en savoir plus et avons donc posé nos questions à une experte du sujet: la sexologue et psychothérapeute Dania Schiftan nous a répondu.

F: Dania Schiftan, les enfants et les jeunes adultes sont-ils plus au fait aujourd’hui qu’hier?

A: On pense que les enfants et les jeunes adultes sont très au courant, de nos jours, parce qu’ils se retrouvent confrontés à des contenus sexualisés déjà très tôt. Par exemple, dans la cour de récréation, quand un copain montre des images pornographiques. Ils entendent des expressions d’ordre sexuel et les utilisent sans vraiment les comprendre. Cela crée une dynamique défavorable, parce que toutes les personnes impliquées croient que les autres savent déjà tout. Ainsi, le thème de la sexualité et de la familiarisation avec son propre corps n’est souvent même plus discuté à table, en famille.

F: Qu’apprennent les jeunes adultes à l’école?

A: A l’école, la sexualité n'est souvent pas du tout thématisée ou alors très tard, vers la fin du cycle secondaire. Dans les cours d’éducation sexuelle, il n’est souvent question que de la contraception. La pédagogie sexuelle devrait pourtant comprendre toute la palette de la sexualité, par exemple aussi le fait que le sexe est quelque chose d’agréable, de beau. Il ne faut pas se contenter de parler des risques et du côté obscur. Les questions des enfants et des jeunes adultes sont encore les mêmes qu’il y a 60 ans, mais malheureusement, aujourd’hui, certains «éducateurs et éducatrices» se sentent dépassés. De leur côté, les jeunes le sont encore plus, en raison de la submersion par les images et parce qu’ils n’ont personne à qui s’adresser. Ils sont déstabilisés à cause de cette profusion de matériel, disponible à tout moment. Ils ont besoin d’interlocuteurs et d’interlocutrices à qui ils peuvent tout demander, quelqu’un qui les épaule. En tant que parents mais aussi à l’école, nous avons la responsabilité d’accompagner les enfants et les jeunes adultes. Parce qu’ils seront forcément confrontés à du contenu sexualisé.

F. L’éducation sexuelle est-elle encore du ressort des parents? Et si oui, quand faut-il commencer?

A: L’éducation sexuelle est aussi l’affaire des parents, cela ne fait pas de doute. On devrait commencer dès la naissance. Par exemple lorsque l’enfant commence à développer la conscience de son propre corps. A cet âge-là, l’éducation sexuelle c'est de trouver des mots pour l’organe sexuel. Apprendre ce qui se passe dans le corps, comment le monde fonctionne. Il est important de communiquer aux enfants dès le début: «Tu peux me poser toutes les questions que tu veux, je suis là pour toi». Les enfant ne connaissent souvent pas la pudeur, mais les parents, eux, doivent souvent surmonter la leur pour nommer les choses par leur nom. En résumé, on peut dire que la sexualité et notre propre corps devraient être thématisés dès la naissance et traités aussi naturellement que possible. Et si les parents ont de la peine à le faire, ils peuvent demander une aide extérieure. Parce que lorsque les enfants et les jeunes adultes sentent que leurs parents n’aiment pas parler de sexualité, ils ne poseront plus de questions. Ils auront donc des connaissances incomplètes, qu’ils n’arrivent pas à structurer.

F: Comment le jardin d’enfants et l’école peuvent-ils contribuer à l’éducation sexuelle?

A: Dès la garderie, un travail d’éducation sexuelle peut être fait, en nommant les organes sexuels. Chez les filles, il y a la vulve à l’extérieur et le vagin à l’intérieur; chez les garçons le pénis et les testicules. Il n’est pas nécessaire d’utiliser un vocabulaire enfantin. L’éducation sexuelle dans les crèches est importante aussi parce qu’à cet âge, de nombreux enfants reçoivent un petit frère ou une petite soeur. Ils ont le droit de savoir comment ces derniers sont arrivés dans le ventre de leur maman. Nous, les adultes, avons tendance à tout sexualiser, alors que c’est la chose la plus naturelle au monde. Les enfants informés sont aussi plus protégés; ils savent distinguer entre ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’apprécient pas.

F: Que peuvent faire les parents lorsque les enfants consomment de la pornographie?

A: Dans le meilleur des cas, cela aura déjà été thématisé, en famille. On est alors préparé. Et si cela arrive, il faut en parler avec les enfants, leur demander s’ils savent ce que cela signifie. Il faut essayer de sentir si l’enfant est à l’aise avec ce qu’il a vu ou s’il s'agit d’une pression de groupe. Dans le meilleur des cas, les parents savent déjà ce à quoi ils pourront être confrontés. Cela signifie qu’ils peuvent s’informer sur ce qui est tendance dans la branche de la pornographie et qu’ils ont conscience du fait que leurs enfants pourraient voir ces contenus.

Dania Schiftan, merci beaucoup pour cet entretien en toute ouverture d’esprit!

Dania Schiftan est Docteur en philosophie, spécialisée en sexologie et psychothérapeute, ayant son propre cabinet à Zurich. En plus de son activité en cabinet, elle reçoit des mandats pour enseigner à la Haute école de Merseburg, ainsi qu’aux Hautes écoles spécialisées Nordwestschweiz FHNW et Westschweiz-Wallis. Depuis quelques années, elle propose aussi la thérapie en ligne, afin de répondre à la demande de régions plus éloignées.

À propos
Nadine Hirschi

Depuis 2018, je soutiens le Marketing de Visana, en tant que responsable des contenus J’apprécie surtout le domaine du marketing en ligne pour son dynamisme et la diversité de l’innovation qu’elle propose. Côté vie privée, je ne m’ennuie pas non plus étant donné que je suis mère d’un enfant et que je m’occupe de mes deux chiens. Grâce à mon diplôme de master en sciences du sport, je dispose d’un savoir-faire approfondi sur les thèmes du mouvement et de l’alimentation, qui m’aide à avoir un mode de vie sain.

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